La création de messages de plaidoyer en faveur des DSSR basés sur les droits et non stigmatisants
La communication est un aspect essentiel du plaidoyer pour les Droits et la Santé Sexuels et Reproductifs.
Une communication bien calibrée peut jouer un rôle décisif dans tous les domaines de résultats d’AmplifyChange.
Une communication efficace:
- Met en valeur les enjeux de Droits Humains indissociables de la santé sexuelle et reproductive
- Améliore l’accès aux services et à l’information en vulgarisant les connaissances et en veillant à ce que les informations proposées s’appuient toujours sur des faits
- Contribue à une transformation positive des normes sociales, en faisant circuler des messages qui rappellent l’importance des enjeux de santé sexuelle et reproductive
- Encourage le changement des politiques et des lois en informant sur des actions concrètes, des faits et les raisons pour lesquelles il est urgent de faire évoluer le cadre législatif et politique
Une communication efficace est fondamentale pour construire des mouvements plus forts et plus résilients pour les DSSR. Vous devrez faire particulièrement attention à ce que le contenu que vous développez pour votre campagne n’ait pas pour effet non désiré de nourrir les stéréotypes entourant la thématique en question.
Ce risque sera d’autant plus présent si:
- Vous utilisez des informations fausses, trompeuses ou risquant d’être mal comprises
- Vous utilisez un langage et des images similaires au répertoire utilisé par les détracteur·rice·s de votre cause
- Vous mettez en avant des affirmations qui ne sont pas corroborées par des faits ou des éléments scientifiques
- Vous suscitez des émotions négatives en utilisant des images ou descriptions choquantes
- Votre langage tombe dans le jugement ou la victimisation.
Votre capacité à faire avancer votre cause dépend aussi de la façon dont vous dépeignez votre/vos thématique(s) : il est crucial de bien calibrer vos communications pour qu’elles aient un impact positif sur votre campagne et sur l’objet précis de votre plaidoyer.
Ce tutoriel vous aidera à concevoir, à l’appui de votre plaidoyer, une stratégie de communication centrée sur les Droits Humains et non stigmatisante. Vous pouvez utiliser ce guide selon vos besoins : dans sa totalité, ou en ciblant les sections les plus pertinentes pour votre cause.
Nous vous recommandons de conserver une copie de la check-list en 10 étapes pour l’avoir à portée de main en cas de besoin.
« Axé sur les droits » signifie que les Droits Humains sont au centre de votre message et que votre contenu assure la promotion de ces Droits.
L’expression « Droits et Santé Sexuels et Reproductifs » regroupe les efforts visant à assurer à chaque personne la jouissance de ses droits en matière de santé sexuelle et reproductive. Il existe de multiples possibilités d’agir pour cet objectif, qu’il s’agisse d’innover dans les formes de services proposés, de faire évoluer le cadre législatif, le système judiciaire, les normes sociales, ou de renforcer les connaissances individuelles. Le dénominateur commun de toutes ces initiatives est de chercher à garantir à chaque personne le droit de prendre ses propres décisions concernant son corps.
Les traités internationaux reconnaissent que les DSSR font partie intégrante des Droits Humains et sont indissociablement liés au droit à la vie, à la santé, à la vie privée, à la non-discrimination, à l’éducation et à la protection contre la torture.
Il est également possible d’aborder les thématiques de DSSR dans une perspective axée sur la santé publique, la réduction de la souffrance ou la justice reproductive.
Dans tous les cas, il sera incontournable de plaider pour que les individus puissent avoir accès aux informations, ressources et services dont ils ont besoin pour faire valoir leurs droits humains fondamentaux.
Ils affirment que le bien-être holistique de chaque personne est central et décisif pour la concrétisation des Droits Humains. Aussi, le langage utilisé dans le plaidoyer pour les DSSR doit refléter l’objectif qu’est la garantie des Droits Humains de chaque individu.
Une communication axée sur les droits doit encourager les titulaires de ces droits (les individus) à les revendiquer, et les garants de ces droits (les parties prenantes) à respecter leurs obligations découlant des législations nationales, régionales et internationales.
La stigmatisation est la croyance qu’une situation est « mal » ou moralement inacceptable. Elle se traduit par une perception négative du phénomène au sein des communautés, parmi les parties prenantes, et au-delà.
La stigmatisation est fréquemment perpétuée par la société (en particulier les opposant·e·s au changement). Elle peut trouver sa source dans les lois et politiques encadrant un phénomène.
Si une loi restreignant les droits ou l’accès aux services d’un groupe donné a été adoptée, cela envoie un message aux citoyen·ne·s du pays faisant croire que les personnes ou la pratique en question sont fondamentalement mauvaises, chacun pouvant penser qu’il y a une bonne raison à cette restriction. C’est en particulier le cas en ce qui concerne l’avortement, les droits des LGBTI, et l’accès aux services de DSSR des populations marginalisées et des jeunes.
Elle peut trouver sa source dans des normes sociales et croyances culturelles. Les croyances religieuses, les normes de genre et les traditions culturelles peuvent contribuer à la stigmatisation au sein des communautés et des structures familiales. Il est difficile pour les individus de prendre position pour un changement remettant en cause des normes ainsi enracinées. L’avortement, les droits des LGBTI, les MGF/E et le mariage des enfants sont autant d’exemples de thématiques marquées par les croyances culturelles et religieuses où prévaut une forte stigmatisation sociale.
Elle peut trouver sa source dans le manque de connaissances ou de compréhension d’un enjeu. Si l’enjeu est globalement mal compris, ou si les individus/communautés/sociétés n’ont pas accès à des sources d’information factuelles, la stigmatisation peut être alimentée par la perpétuation d’informations inexactes. C’est ainsi, par exemple, que de nombreux individus refusent de partager un repas avec des personnes séropositives, pensant à tort que le VIH/SIDA peut être transmis par le toucher ou la salive, alors que la recherche médicale a prouvé que les seuls vecteurs sont le sang, le sperme, les sécrétions vaginales et le lait maternel.
« Non stigmatisant » signifie que vos contenus textuels et graphiques ne doivent pas indirectement alimenter la marginalisation ou la perception négative de la cause que vous voulez promouvoir.
1. Dressez le bilan des outils de communication précédemment créés ou utilisés par votre organisation, s’il y en a, et analysez leurs résultats pour comprendre ce qui a fonctionné et ce qui pourrait être amélioré.
2. Définissez clairement les objectifs et résultats de votre stratégie. Assurez-vous qu’ils soient SMART : Spécifiques, Mesurables, Atteignables/Abordables, Représentatifs et Temporalisés. Ils doivent répondre aux points suivants :
- Ce à quoi vous voulez arriver
- Pourquoi vous voulez y arriver
- Comment vous comptez y arriver
- Quelles actions vous attendez de votre public.
Par exemple: Si votre objectif est d’organiser une campagne de communication pour sensibiliser aux conséquences du mariage des enfants, une stratégie SMART pourrait se présenter comme suit :
D’ici 6 mois nous voulons avoir pris contact avec 500 filles d’âge scolaire, et leur avoir donné les outils nécessaires pour signaler aux autorités les mariages d’enfants dont elles ont connaissance et faire valoir leur propre droit à ne pas être mariées. Grâce à la distribution d’un guide sur la démarche à suivre pour signaler les violations, et à travers des formations à l’école et sur les réseaux sociaux, ces filles et jeunes femmes pourront identifier et signaler davantage de cas de mariages d’enfants dans leur entourage et revendiquer leurs droits.
3. Réalisez une analyse d’audience. Identifiez votre/vos public(s) cible(s) et renseignez-vous de façon approfondie à son/leur sujet.
Réfléchissez à la meilleure approche pour présenter votre cause à votre public et trouvez ce qui pourrait motiver à agir les personnes auxquelles vous vous adressez. Vous devrez probablement insister davantage sur certains aspects de votre cause, par exemple son impact en matière de droits ou de santé publique ou des aspects judiciaires ou socio-économiques, suivant ce qui semble pertinent et important pour votre auditoire.
Veillez à ce que le contenu de vos communications soit toujours adapté à la situation et à l’environnement dans lequel vous intervenez. Un message clair n’est pas nécessairement un message choc – le discours et les images de votre campagne doivent tenir compte du mode de vie et des croyances de votre public.
Que signifie présenter une cause sous différents angles?
Voici un exemple :
Les MGF sont une violation du droit des femmes et des filles à la santé, à la vie et à la dignité, et les conséquences des MGF sur la santé peuvent être graves et durables, par exemple infertilité, hémorragies ou même décès.
Ce message souligne les conséquences des MGF en termes de santé publique tout en mettant en évidence le lien avec les Droits Humains.
4. Réfléchissez aux moyens de communication les plus efficaces pour atteindre votre(vos) public(s) cible(s). Par exemple : adressez-vous aux jeunes sur les réseaux sociaux et passez par la radio pour atteindre les populations illettrées.
5. Choisissez le/la porte-parole le/la mieux placé·e pour votre campagne de communication. Demandez-vous qui votre public écouterait plus volontiers pour augmenter les chances que votre message soit bien accueilli.
Par exemple : Si vous apprenez que les décisionnaires sont plus à l’écoute de personnes instruites et respectées au sein de leur communauté, un·e leader communautaire ou une personnalité locale pourrait être votre porte-parole idéal·e.
Ou si vous constatez que les filles et jeunes femmes sont généralement impressionnées par des étudiantes symboles de réussite, recherchez une étudiante d’âge universitaire pour incarner votre message.
6. Imaginez des messages marquants qui parlent à votre(vos) auditoire(s). Faire participer votre public à la conception ou au test préalable des messages peut être un bon moyen pour cela.
7. N’hésitez pas à vous faire aider ou relire par un·e expert·e si vous manquez de confiance.
8. Argumentez : expliquez pourquoi il faut agir maintenant et proposez des actions concrètes dans votre discours. Cela permet à votre public de s’impliquer plus facilement.
9. Assurez-vous d’avoir prévu un budget suffisant pour le type de campagne de communication que vous avez planifié.
10. Identifiez les risques associés à votre thématique et anticipez vos stratégies de prévention/mitigation.
11. Etablissez un cadre de suivi et évaluation de votre stratégie de communication, et réfléchissez aux ressources et outils dont vous aurez besoin pour une évaluation efficace. Ce cadre devrait refléter les objectifs SMART que vous vous êtes fixés au début de votre travail de planification.
12. Débutez une planification systématique. Soyez prêt·e pour les 3R: Réétudier et Réviser Régulièrement.
Après avoir suivi ces étapes, vous devriez être en bonne position pour lancer votre stratégie ou campagne de communication!
Votre langage devrait répondre aux critères ci-dessous :
- Clair: évitez le langage technique, les acronymes et les termes complexes. Le plus simple est souvent le mieux.
- Exact: Tout ce que vous dites doit être correct et basé sur des faits
- Non-stigmatisant: vérifiez l’absence de connotations négatives
- Lisible: utilisez une langue parlée par votre public
Exemples:
Texte à améliorer:
N’oubliez pas que, si vous décidez de ne pas dénoncer une agression sexuelle et que l’agresseur s’en prend de nouveau à vous ou à quelqu’un d’autre, ce sera de votre faute. L’agresseur a toujours le choix, et en l’occurrence il a choisi de vous contraindre. Il en est responsable, et devrait être arrêté et sanctionné pour cela.
Dans cet exemple, le langage est accusatoire et implique un jugement. Cela renforce le mythe selon lequel les agressions sexuelles sont de la faute de la victime, contribuant à la stigmatisation des survivant·e·s.
Texte corrigé:
Qui que soit l’agresseur, même si c’est un membre de la famille, vous devriez dénoncer l’agression auprès de la police. L’agresseur a choisi de vous contraindre. Vous pouvez choisir de l’en empêcher à l’avenir, et faire en sorte qu’il soit sanctionné pour ses actes, en portant plainte dans un commissariat.
Après quelques retouches, le texte a été débarrassé de ses formules stigmatisantes et a mis le pouvoir entre les mains de la victime qui lit le message. Il précise également comment faire pour dénoncer l’agression, selon un principe essentiel consistant à fournir des informations claires et précises.
Il est important d’utiliser un langage neutre et impartial, qui ne soit pas interprété comme un jugement.
Les faits et statistiques que vous utilisez doivent être pertinents et appuyés sur des sources reconnues, à faire apparaître clairement.
Si vous travaillez sur les aspects juridiques de votre cause, assurez-vous de donner une description exacte de la loi en vigueur.Dans certains cas, la loi est plus restrictive que la réalité, ou la réalité est plus restrictive que la loi. Il peut être utile de le faire ressortir dans votre message, si cela est pertinent.
Si votre objectif est de diffuser des informations sur les services, les possibilités de prise en charge légalement disponibles et les moyens d’y accéder, il vous faudra approfondir votre sujet, vérifier vos informations et vous assurer qu’elles ne sont pas contraires à la législation du pays.
Tout en restant fidèle au cœur de votre message, il est essentiel de l’adapter à ce qui pourrait motiver votre public à agir.
Les récits vécus et le partage d’expériences personnelles peuvent être des vecteurs efficaces pour promouvoir votre cause, à condition d’y avoir recours avec tact, sensibilité et précaution.
N’oubliez pas de recueillir le consentement du/de la participant·e et de protéger sa vie privée, si besoin en prenant des mesures pour dissimuler son identité.
Ci-dessous des exemples de ressources appuyées sur des faits en matière de législations et politiques:
Base de données de l’OMS Global Abortion Policies Database pour les dernières données relatives aux lois et politiques encadrant l’avortement dans votre pays.
Base de ressources de l’UNICEF sur les Mutilations Génitales Féminines et l’Excision par profil pays pour une synthèse des lois et politiques ainsi que des statistiques à jour pour votre pays.
Rapport ILGA sur l’Homophobie d’Etat pour une synthèse actualisée des lois et politiques relatives aux LGBTI dans votre pays.
Les images doivent être utilisées pour renforcer le message que vous cherchez à transmettre – pas uniquement pour meubler ou remplir un vide. Elles doivent être précisément ciblées sur l’enjeu en question.
Evitez les images montrant des émotions négatives, des traumatismes ou des situations dérangeantes, ou les images choquantes et crues, qui peuvent avoir un effet indésirable sur votre public. Par exemple :
Les images choquantes ou traumatisantes peuvent susciter des émotions négatives chez les personnes que vous cherchez à soutenir ou encourager
- Des images négatives peuvent être source de confusion si elles sont visualisées hors contexte
- Des images positives ont plus de chances de susciter l’engagement ou de faire accepter votre campagne
- Evitez les images contribuant à la victimisation des sujets.
Les personnes qui y apparaissent doivent être protégées/anonymisées, ou avoir donné leur consentement à ce que leur visage soit visible.
Si vous ne pouvez pas montrer les visages, évitez les techniques telles que le floutage qui peuvent être synonymes de honte. Préférez un éclairage qui obscurcisse le visage, ou utilisez des dessins animés. Dans un film, vous pouvez utiliser la voix de la personne en superposition à une autre image liée à votre thématique.
N’oubliez pas : les enfants ne peuvent pas donner leur consentement à l’utilisation publique de leur image. Vous devez obtenir un consentement clair et formel des parents ou du gardien pour utiliser l’image d’un enfant. Prévoyez par exemple un formulaire de consentement comme celui-ci.
Vos images doivent refléter la réalité de l’enjeu de DSSR pour lequel vous militez.
Evitez les représentations inexactes : en particulier, sélectionnez des photos correspondant à la réalité médicale, pertinentes pour votre argumentation et qui ne risquent pas d’être détournées par vos opposant-e-s.
- Mon message au sujet de cet enjeu utilise-t-il un langage et des images neutres, impartiaux, simples, spécifiques au contexte et dépourvus de jugement?
- Chaque information communiquée est-elle vérifiée et appuyée sur des faits démontrables?
- Ai-je inséré les liens et références nécessaires?
- Mon message et ses images sont-ils spécifiques au contexte et centrés sur les individus et leurs droits?
- Ai-je intégré à bon escient et de façon responsable les voix de ceux et celles qui sont directement concerné·e·s par l’enjeu?
- Ai-je obtenu le consentement de chaque personne participant à la vidéo, l’émission, l’article, la photo, etc?
- Ai-je évité d’utiliser des images choquantes, crues ou donnant une représentation erronée de ma cause?
- Mon message évite-t-il d’utiliser des termes, images ou formulations similaires au répertoire habituel de l’opposition?
- Ai-je montré mon message et mes supports de communication à mon équipe et à d’autres parties prenantes pour avoir leur avis?
- Ai-je testé mon message (par exemple lors d’un groupe thématique, ou d’une discussion avec des personnes issues des groupes cibles)?
Le contenu de ce tutoriel s’est inspiré du Guide How to Talk about Abortion: A Guide to Rights-Based Messaging. Vous pouvez visionner ici la vidéo d’accompagnement.
Les autres sources utilisées pour développer ce tutoriel sont:
Women Help Women, Speaking about self-managed abortion with pill: A practical guide
International Planned Parenthood Federation, Youth messaging checklist: Dos and don’ts in information, education and communication materials
International Planned Parenthood Federation, How to report on abortion – A guide for journalists, editors and media outlets
Rise Up, Guide to Girl-Centred Advocacy: Communications and Storytelling
Hesperian Health Guides, Health Actions for Women – Building a Women’s Health Movement: Creating a Communications Strategy
Ipas, Abortion stigma ends here: A toolkit for understanding and action
Images of Empowerment (positive stock photos from around the world)
2:20
Communication DSSR basée sur les droits humains - Partie 1
4:33
Communication DSSR basée sur les droits humains - Partie 2
2:46
Communication DSSR basée sur les droits humains - Partie 3
4:11
Communication DSSR basée sur les droits humains - Partie 4
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