Comment garantir le bien-être des salarié·e·s en télétravail

Ce guide a été rédigé en 2020 en réponse à la pandémie de COVID-19.

Certaines des informations ne seront pas aussi pertinentes pour la situation actuelle, mais nous pensons que ce guide offre des conseils utiles aux défenseur·euse·s des DSSR.

L’Association APC est un réseau international d’organisations de la société civile (OSC) dont la mission est de soutenir et outiller celles et ceux qui travaillent pour la paix, les droits humains, le développement et la protection de l’environnement, en les aidant à faire un usage stratégique des technologies de l’information et de la communication (TIC). Le fonctionnement d’APC est presque entièrement dématérialisé : nous n’avons pas de siège physique, et nos collaborateur·rice·s sont dispersé·e·s dans différents pays du monde. Depuis une trentaine d’années, nous travaillons sur l’exploration des potentialités d’internet et de son rapport aux inégalités. Lorsque le COVID-19 a frappé, obligeant le monde entier à se confiner, APC s’est trouvée en position d’aider d’autres organisations mises en difficultés par la transition numérique, tant sur le plan professionnel que personnel.

Beaucoup de gens pensaient que le passage au dématérialisé consisterait simplement à transposer leur travail physique sur une plateforme numérique. Or le monde numérique n’est pas un simple mode de communication comme le téléphone. C’est une nouvelle dimension dans laquelle nous vivons, comme le monde physique ou le spirituel. Chacun·e ayant un degré de maîtrise d’internet variable, nous avons vu des organisations aux prises avec un apprentissage brutal et découvrant la fatigue numérique, au niveau professionnel et personnel. Notre défi est de mettre à profit notre expérience pour aider les autres à trouver leur voie de façon productive et sûre.

Notre ressource en ligne : Closer Than Ever: A Guide for Social Change Organisations Who Want to Work Online [Plus proche que jamais : un Guide pour les organisations de transformation sociale qui veulent passer au travail en ligne] a été relancée, et nous avons partagé d’autres expériences du travail dématérialisé. Voici quelques conseils pour assurer le bien-être et la productivité dans ces conditions :

Email – Définissez les heures de travail et faites savoir clairement que personne n’est tenu de répondre à des emails ni d’effectuer d’autres activités en ligne en-dehors de ces heures. Le cas échéant, tenez compte des différents fuseaux horaires de vos collaborateur·rice·s. Gardez à l’esprit les contraintes des technologies : les personnes ou organisations ayant un débit ou un forfait de données limités, ne pourront pas télécharger de gros fichiers ou y accéder en ligne.

Réunions – Il est plus fatiguant de participer à une réunion distancielle que présentielle. Les participant·e·s sont soumis à un stress supplémentaire du fait que le cerveau soit davantage sollicité pour analyser les informations perçues sans l’aide du langage corporel, et parce qu’ils/elles se sentent exposé·e·s en permanence, vulnérables dans leur environnement familial, et parfois mal à l’aise avec la technologie. Les pauses sont également moins fréquentes qu’en présentiel. Vos réunions ne devraient pas dépasser 60 minutes. Pensez également à systématiquement préparer un ordre du jour en ligne et prendre des dispositions pour la prise de notes. Il est important que l’animateur·rice définisse un cadre dès le début de la réunion et autorise les participant·e·s à déconnecter la vidéo à tout moment.

Plannings/productivité – Contrairement à ce que l’on imagine, il faut souvent 30 à 50 % de temps en plus pour effectuer une tâche en ligne. Prévoyez-le dans vos plannings.

Surinformation – c’est un risque particulièrement présent en période de COVID-19, où chacun·e regarde et partage régulièrement les actualités. Les échanges en face-à-face sont transformés en emails, messagerie, tchats et partage de pages. Cela peut devenir étouffant. Organisez-vous pour éviter l’overdose, par exemple en envoyant des circulaires hebdomadaires plutôt que des réponses immédiates, fixez des limites à l’usage de la messagerie, abrégez vos emails pour en faciliter le traitement.

Voir le Guide complet pour plus de détails : https://www.apc.org/en/pubs/closer-ever-guide-social-change-organisations-who-want-work-online

Des organisations sans expérience du numérique ont tenté de compresser l’équivalent de plusieurs années d’apprentissage en quelques semaines ou jours.

L’enjeu a également une dimension générationnelle : les jeunes, qui ont déjà l’habitude de certaines de ces plateformes et des communications électroniques, ont négocié cette transition plus facilement que leurs aîné·e·s.

Les organisations peu familiarisées avec le télétravail font face à un risque réel de surcharge et de burn-out. Sans la porte du bureau physiquement fermée le soir, nombreux·ses sont celles et ceux qui se sentent tenu·e·s de participer et de répondre à toute heure.

  • Cherchez des conseils pour naviguer ces eaux nouvelles, comme ceux que vous pourrez trouver dans notre Guide ou dans d’autres ressources produites par des organisations expérimentées.
  • Sachez faire preuve de flexibilité : transposer en ligne votre travail et vos façons de travailler demandera forcément des adaptations propres cette nouvelle dimension.
  • Soyez patient·e et compréhensif·ve : le télétravail est nouveau pour certain·e·s de vos employé·e·s, et leur degré d’expertise et de capacités en la matière est variable.
  • Prenez soin de vous et protégez votre vie privée, refusez les requêtes invasives qui vous font subir une pression nocive.
  • Le télétravail ne se limite pas au travail en temps réel et tchats visio. Lorsque c’est possible, passez par les emails, les documents collaboratifs comme pads ou d’autres documents sur lesquels chacun·e peut travailler à son rythme et au moment qui lui convient, tout en suivant un calendrier défini.

Le télétravail implique généralement de travailler à distance des communautés avec lesquelles nous interagissons, mais aussi de prendre des distances par rapport à notre rôle privé et familial habituel. Celles et ceux qui télétravaillent le font depuis leur domicile, dans l’espace privé où les relations sont essentiellement définies par les rôles familiaux et dynamiques de pouvoir traditionnels. C’est précisément cet espace que les activistes, les féministes et les personnes représentant la diversité de genre et de sexualité cherchent à transformer.

Nos maisons ne permettent pas toujours aux activistes de s’installer dans une pièce privée pour travailler. Les frères et sœurs, parents, partenaires, enfants, et les autres sont là : ils et elles ont tous besoin de quelque-chose, les négociations sont épuisantes et parfois même impossibles.

Se pose aussi la question du réseau internet auquel nous nous connectons : qui le fournit, avec quels terminaux et quelles garanties de sécurité et confidentialité ? Nous devons garder à l’esprit le caractère exceptionnel de cette période et travailler à construire et assurer un espace sûr et confortable à domicile pour notre activisme, en ayant conscience que cela pourrait bien représenter un nouveau domaine de lutte, quand bien même ce n’est pas le principal.

Série GenderIT sur la pandémie et la ressource internet :

Auteur hvale vale. Association for Progressive Communications (APC)

hvale vale pilote le projet EROTICS (Exploratory Research on Sexuality and the Internet – “Recherche exploratoire sur la sexualité à l’heure d’internet ») mené par l’Association pour le Progrès des Communications (APC). En tant qu’activiste, elle s’intéresse à la relation entre les droits des femmes, les droits sexuels et internet, tant sur le front politique que pratique. En 2003, Hvale a piloté la création de la plateforme One World Platform, centrée sur les intersections entre les droits liés à internet, les droits des femmes et le pouvoir transformateur de la technologie. Blogueuse et oratrice féministe, elle est aussi co-fondatrice du portail féministe http://www.zenskaposla.ba/ 

Expanding the EROTICS network in South Asia webpage

Hvale Vale pilote le projet EROTICS (Exploratory Research on Sexuality and the Internet – “Recherche exploratoire sur la sexualité à l’heure d’internet ») mené par l’Association pour le Progrès des Communications (APC). En tant qu’activiste, elle s’intéresse à la relation entre les droits des femmes, les droits sexuels et internet, tant sur le front politique que pratique. En 2003, Hvale a piloté la création de la plateforme One World Platform, centrée sur les intersections entre les droits liés à internet, les droits des femmes et le pouvoir transformateur de la technologie. Blogueuse et oratrice féministe, elle est aussi co-fondatrice du portail féministe www.zenskaposla.ba.

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