Comment faire évoluer les normes sociales et diffuser des messages inclusifs sur la santé sexuelle et reproductive dans des contextes restrictifs

Ce guide tire son expérience d’années d’organisation sur le terrain et de recherches menées par les communautés avec des personnes lesbiennes, bisexuelles, queers, trans et non conformes au genre (LBQT et NCG) au Ghana, en particulier dans des conditions sociopolitiques hostiles et de législation anti-LGBTQ. Étant donné que les services et les conversations en matière de santé sexuelle et reproductive excluent souvent les personnes LBQ et NCG, One Love Sisters Ghana a engagé des communautés dans diverses régions pour comprendre les réalités vécues, les risques en matière de santé sexuelle, les obstacles à l’accès et les préjudices causés par les normes sexospécifiques. Ceci est possible grâce à des dialogues communautaires, des séances de ressourcement, des sensibilisations régionales et des efforts de collecte de données, le projet a permis de recueillir des informations essentielles sur la manière dont les normes sociales, la stigmatisation et la désinformation affectent à la fois les droits sexuels et la santé, ce qui a permis d’élaborer les messages et les stratégies présentés dans ce guide.

Les activistes ont été confrontés à de multiples défis croisés lors de la promotion de messages inclusifs en matière de santé sexuelle et reproductive. Tout d’abord, la criminalisation des identités LGBTQ au Ghana a créé un environnement hostile, rendant dangereux de parler ouvertement de la santé sexuelle et reproductive des homosexuels. La peur d’être arrêté, les représailles du public et la pressions des chefs communautaires ou religieux ont souvent réduit au silence les activistes et les participants. Deuxièmement, la désinformation généralisée – comme la croyance que la santé sexuelle et reproductive ne s’applique qu’aux personnes hétérosexuelles cisgenres – ceci a rendu difficile l’organisation de conversations sur les droits et la santé de manière inclusive. En outre, les activistes ont dû naviguer des normes de genre profondément enracinées, des interprétations religieuses et des tabous sociétaux qui stigmatisaient les diverses sexualités et identités, les isolant souvent au sein de leurs propres communautés. Ces réalités ont nécessité des approches de sensibilisation créatives, discrètes et basées sur la confiance, enracinées dans les valeurs locales, la sécurité et les expériences vécues.

Pour relever ces défis, le projet a adopté une approche centrée sur la communauté et tenant compte des traumatismes, leur approche était fondée sur la confiance, la sécurité et la pertinence culturelle. Les mobilisateurs locaux, les dirigeants locaux, les opérateurs de lignes d’assistance téléphonique et les éducateurs pour les pairs, qui ont la confiance de leurs communautés, ont été formés pour diffuser discrètement des messages sur les droits sexuels et reproductifs en utilisant un langage compréhensible et des différente méthodes de narration comme celle d’histoires. Les messages ont été reformulés pour refléter les valeurs communes de la communauté, telles que la protection, la dignité et l’amour. Plutôt qu’un jargon basé sur les droits, qui déclenchait souvent des résistances. Les sessions se sont déroulées dans des lieux sécurisés et dans les langues locales afin de faciliter l’accès.

Grâce à ces efforts, le projet a permis un changement notable dans la compréhension et le comportement de la communautés. Les participants – y compris les parents, les alliés, les parties prenantes et les membres de la communauté – sont devenus plus conscients des besoins en matière de droits sexuels et reproductifs des personnes LBQ et NCG, et ont reconnu les normes sociales néfastes et ont commencé à contester ouvertement la stigmatisation au sein de leurs réseaux. Les principaux résultats ont été une augmentation de la demande de services sexuels et reproductifs inclusifs, la formation de cercles de soutien localisés et un effort de mobilisation de la communauté en faveur de pratiques plus sûres et de la protection des droits.

Les activistes ont tiré plusieurs leçons essentielles de cette expérience :

  1. La confiance de la communauté est essentielle: Un changement durable des normes sociales a besoin d’une confiance profonde au sein des communautés. Les activistes ont compris qu’il était plus efficace de travailler avec des répresentatifs locales respectées, telles que les parents, les alliés et les mobilisateurs/leaders, que de s’appuyer uniquement sur des messages externes ou sur une autorité reconnue.
  2. Le langage est important: L’utilisation d’un langage adapté à la culture, non conflictuel et centré sur des valeurs communes telles que la protection, la famille et la dignité a eu beaucoup plus d’impact que les termes techniques ou les termes relatifs aux droits, qui isolent souvent les participants.
  3. La sécurité doit être une priorité: La création d’espaces physiquement et émotionnellement sains est une condition préalable à un dialogue ouvert. Les activistes ont appris que les participants sont plus ouverts au dialogue lorsqu’ils se sentent en sécurité et que leur confidentialité est respectée.
  4. L’intersectionnalité renforce l’impact: En reconnaissant les intersections du genre, de la sexualité, de la classe sociale et de la religion, les activistes ont pu adapter leurs stratégies aux différentes expériences vécues. Cela a permis une augmentation de l’engagement, en particulier chez les personnes LBQ et NCG marginalisées.

Voici des conseils clés à l’intention de tous ceux qui sont confrontés à des défis similaires en matière d’activisme en faveur des droits sexuels et reproductifs (DSSR) et de transformation des normes sociales préjudiciables, en particulier dans des environnements restrictifs ou hostiles:

  1. Commencez par les valeurs auxquelles les gens adhèrent déjà: articulez votre message autour de valeurs culturelles partagées telles que l’amour, la protection, la famille et la dignité. Cela permet de réduire l’attitude défensive et d’ouvrir les gens à de nouvelles perspectives.
  2. Travaillez avec des porte-parole de confiance : Collaborez avec des parents, des dirigeants locaux, des anciens de la communauté ou des personnes qui ont déjà la confiance de la communauté ciblé. Leur présence peut aider à normaliser les discussions sur des sujets tabous.
  3. Prioriser la sécurité et la confidentialité : Il faut toujours évaluer et atténuer les risques. Choisissez des lieux sûrs, utilisez des canaux de communication discrets et expliquez clairement aux participants comment leur vie privé sera protégé.
  4. Utiliser un langage simple et inclusif: Évitez le jargon ou les termes trop techniques. Utilisez un langage accessible, valorisant et sans préjugés sur le genre, la sexualité ou la structure familiale.
  5. Être patient et cohérent : Changer les normes prend du temps. Mettez l’accent sur un engagement progressif et significatif plutôt que sur des victoires rapides. Célébrez les petits changements d’attitude et de comportement comme des progrès.
  6. Adapter les messages aux réalités vécues : Comprendre le contexte local, y compris les dynamiques religieuses, culturelles et politiques. Vos messages seront plus efficaces s’ils sont basés sur les expériences réelles des gens.
  7. Créer des cercles d’apprentissage sans danger : Encouragez les sessions en petits groupes où les gens se sentent en sécurité pour poser des questions et désapprendre les préjugés et prendre confiance en leurs nouvelles connaissances.
  8. Incorporer la narration d’histoires : Les histoires vécues – en particulier celles des membres de la communauté – se sont des outils puissants pour faire évoluer les croyances et humaniser les problèmes.
  9. Fournir des outils, pas seulement de l’information : Proposez des outils pratiques tels que des conseils de sécurité, des points de discussion et des stratégies de soutien émotionnel afin que les participants se sentent capables d’agir.
  10. Documenter et faite preuve de réflexion : Gardez une trace de ce qui fonctionne et de ce qui ne fonctionne pas. La réflexion permet d’affiner votre approche et de constituer une bibliothèque de stratégies vécues dont les autres peuvent s’inspirer.

Oui, quelques réflexions supplémentaires;

  1. L’intersectionnalité est importante : Il est essentiel de reconnaître que les personnes ont des identités multiples (sexe, religion, classe sociale, handicap, etc.) qui déterminent la manière dont elles vivent les droits sexuels et reproductifs (DSSR). Pour être efficaces, les messages et les efforts visant à faire évoluer les normes doivent tenir compte de ces intersections.
  2. La santé mentale et les espaces de réconciliation sont importants : faire évoluer des normes néfastes peut être émotionnellement épuisant tant pour les activistes que pour les communautés. L’intégration de la réconciliation collective, des soins tenant compte des traumatismes et du soutien émotionnel dans les activités de plaidoyer permet de soutenir le travail.
  3. La joie est une résistance : Dans les contextes où les identités LGBTIQ sont criminalisées ou stigmatisées, créer des espaces de joie, de visibilité et de connexion communautaire peut être un acte radical. La célébration de l’identité n’est pas seulement une guérison, c’est aussi un puissant moyen de mobilisation.
  4. Le financement durable et la flexibilité des donateurs : Pour un impact à long terme, les donateurs devraient investir dans le soutien de base, et pas seulement dans des projets à court terme. Il est essentiel de faire preuve de souplesse en matière de rapports et de réaffectation des fonds, de tenir compte des considérations de sécurité et de reconnaître que les risques pris par les activistes sont essentiels.

Auteur Leila Yahaya. Directeur.ice Executif.ive, One Love Sisters Ghana

Leila Yahaya (iel/ellui) est iel féminist.e noir.e queer, musulman.e, écrivain.e et militant.e des droits de l’homme originaire du Ghana, avec plus de huit ans d’expérience dans l’organisation au niveau local. Iel est directeur.ices exécutive de One Love Sisters Ghana, qui se spécialise dans les droits sexuels et reproductifs, le bien-être mental, la prévention de la violence basée sur le genre et la défense des droits des personnes LGBTIQ. Leila se spécialise dans la création d’espaces intentionnellement sûrs et inclusifs pour les communautés LBQ et non conformes au genre grâce à des approches féministes intersectionnelles, à la justice réparatrice et à la recherche menée par les communautés. Leur travail fait le lien entre l’activisme, la foi et la justice sociale pour remettre en question l’oppression systémique et amplifier les voix des communautés marginalisées à travers le Ghana.

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